Un scénariste et 17 dessinateurs racontent les Amérindiens

Après Go West Young Man, le scénariste Tiburce Oger a de nouveau invité seize figures de la bande dessinée à explorer une nouvelle thématique western : le peuple indien. Ce magnifique album, « choral » comme disent les cultureux, donne à seize sensibilités talentueuses l’opportunité de plancher sur les différents aspects d’une tragédie objectivement fondée sur un oukase : ôte-toi de là que je m’y mette. Un ouvrage qui devrait figurer en bonne place dans la bibliothèque des amoureux de l’Amérique en général, des Indiens en particulier.
Christophe Colomb est entré dans l’Histoire par effraction et par accident. Mû par un appétit pantagruélique de gloire et d’argent, il consacre la première moitié de sa vie à affirmer que l’on peut rallier la Chine par l’Ouest. Son acharnement, et sa force de persuasion pour convaincre les monarques espagnols de financer son audace hasardeuse, sont sans doute ces deux seules qualités.
Grâce à elles, il « découvre », le 15 octobre 1492, une terre inconnue (pas l’Amérique explorée cinq siècles plus tôt par les Vikings mais une île des Bahamas) qu’il prend pour l’orée de sa destination orientale. C’est alors que les ennuis vont commencer pour les autochtones qui peuplent l’Amérique.
Le navigateur génois fut le premier à donner l’exemple de la barbarie des envahisseurs. À l’épreuve des difficultés, il révèle sa vraie nature : celle d’un autocrate sanguinaire et d’un mystique illuminé. Se sentant investi d’une mission divine, il entend imposer la foi chrétienne en Asie. Dans cette optique il massacre les indigènes récalcitrants et persécute ses hommes.
Difficile, comme toujours, de juger cinq cent ans plus tard des comportements qui, à l’époque, étaient monnaie courante. L’obsession actuelle des déboulonneurs de statues aux États-Unis fleure bon le ridicule. En revanche, on peut utilement révéler (à ceux qui l’ignoreraient encore) la vraie nature de cet homme célèbre, arrivé premier affreux dans un concours de circonstances.
Combien d’hommes et de femmes vivaient en Amérique du Nord (USA et Canada) à la fin du XVe siècle ?
Les spécialistes avancent des hypothèses fort distinctes les unes des autres. Pour certains, il n’y avait rien moins que 60 millions d’individus sur l’ensemble du continent (nord et sud). Pour d’autres, il y aurait eu, dans la seule Amérique du Nord, entre 1 et 18 millions d’habitants. Laissons là ces querelles de chiffres. Ce qui est certain, c’est que les microbes et autres virus européens ont décimé les Natives (à l’heure de Wounded Knee n’en subsistait plus que 250 000, entre 3 et 5 millions aujourd’hui).
Hollywood a davantage retenu et mis en scène les conflits entre Peaux-Rouges et Tuniques Bleues que les agonies morbides. Après les caricatures originelles, on a vu les bons et les méchants changer de camps au fur et à mesure de l’évolution des mentalités des spectateurs. Nous savons d’expérience que nombre de nos Amis Américains (et autres Américanophiles) rechignent à reconnaître les fautes commises et persistent à regarder les survivants (1,1% de la population actuelle étasunienne : 332 millions) avec condescendance. Une attitude que l’on rencontre partout dans le monde face aux peuplades indigènes, en Amérique du Sud, en Australie, en Afrique du Sud, etc.
Les historiens, eux, ont fait leur job : recenser et valider les exterminations, déportations, spoliations, trahisons…
On peut bien penser ce qu’on veut de l’Histoire de l’Amérique (encenser la Destinée Manifeste forgée dans la vaillance des pionniers en mode épopée messianique donc vertueuse ou dénoncer le sort fait aux Indiens et aux esclaves par la cupidité associée au suprémacisme). Génocide or not génocide ? Question de point de vue. Ou d’honnêteté intellectuelle.
Pour retracer, dans dix-sept histoires / dix-sept styles, les épisodes sombres de la conquête de l’Ouest entre 1540 à 1889, scénariste et dessinateurs ont adopté le point de vue amérindien. Avec brio, ils ont « décrit la face cachée du rêve américain. Indians ! est un vibrant hommage aux peuples autochtones opprimés ».
Merci à tous ! Grâce à vous la passion western reste bien vivante.
Indians ! – Tiburce Oger (scénariste) et Dimitri Armand, Laurent Astier, Emmanuel Bazin, Dominique Bertail, Michel Blanc-Dumont, Benjamin Blasco-Martinez, Derib, Paul Gastine, Laurent Hirn, Jef, Hugues Labiano, Mathieu Lauffray, Félix Meynet, Chris Regnault, Christian Rossi, Corenti Rouge, Ronan Toulhoat (dessinateurs) – Edition Grand Angle – L’album existe en édition classique (120 p – 19,90 €) et Luxe Noir & Blanc (128 p – 29,90 €)
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